24-09-2006
Ethiopie,Addis Abeba, Une realite pas toujours rose

Une réalité pas vraiment rose… Imaginez une enfant de douze ans…prématurément mariée de force avec un homme plus âgé. Son village est éloigné de tout. Mais peu importe car de toute façon elle n’aurait aucun moyen de payer une sage-femme pour l’aider à accoucher de son premier bébé. Ses hanches pas encore matures sont trop étroites. Ses organes fragiles dus à une malnutrition chronique ne supporteront pas un accouchement difficile qui peut durer plusieurs jours. La tête du nouveau-né restera coincée, écrasant ainsi la partie inférieure de la vessie contre le périnée. Les tissus se nécroseront et si par chance le bébé finit par passer (le plus souvent il meurt), la jeune mère se retrouvera incontinente avec une vessie détruite dont l’urine suintera directement et de manière continue par son vagin. Sujettes a de multiples infections, ces jeunes femmes ainsi mutilées sont généralement rejetées par leurs proches et se retrouvent ainsi à la rue… Personne ne supporte leur puanteur. Sachant qu’une femme sur vingt environ a de la difficulté à enfanter, l’OMS estime que cent mille femmes par année développent une fistule obstétrique. Toujours selon l’OMS deux millions d’entres-elles vivraient aujourd’hui avec une « Fistula » en Afrique. Courante au 19eme siècle aux Etats-Unis, aujourd’hui cette affection a complètement disparu des pays développés. De part sa situation géographique, (nombreux villages disséminés sur des hauts plateaux et privés d’infrastructure routière) et son manque de moyens en soins élémentaires, l’Ethiopie est particulièrement touchée par cette affection. Un couple de gynécologues australiens, Catherine et Reg Hamlin venus travailler à Addis Abeba dans les années soixante ont découvert, consternés, l’ampleur de ce phénomène. Convaincus de l’urgence de cette situation, ils ont développé une technique chirurgicale visant à reconstruire les vessies endommagées. Leurs taux de réussite ont rapidement avoisiné les 80% pour atteindre aujourd’hui plus de 93%. Ils ont fondé une association et construit le « Fistula Hospital ». Actuellement plus de 1400 femmes par année se font opérer gratuitement. Elles retrouvent ainsi la santé et surtout une dignité qui leur permet de revivre normalement. Face à l’ampleur de la demande, il serait nécessaire d’augmenter les interventions d’une façon considérable. L’hôpital possède une capacité de 100 lits, le plus souvent occupés par…150 malades ! L’association a également créé cinq autres hôpitaux semblables dans les plus importantes villes du pays, ainsi qu’une unité de soins mobile qui sillonne les pistes reculées des hauts plateaux. Catherine, la co-fondatrice du « Fistula Hospital » aujourd’hui âgée de quatre-vingt ans continue à opérer ! Nathalie, Addis Abeba, 24 sept. 2006 Pour plus d’infos voir : www.fistulatrust.org